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Vrais et faux «patriotes» par Eric Pelletier
Le label patriotti incarcerati est parfois abusivement employé.
En ces temps de spéculation sur une éventuelle amnistie, le label «prisonnier politique» est très demandé en Corse.
Mais il faut toujours se méfier des imitations. Même les services de l'Etat ont du mal à s'y retrouver,
comme en témoigne l'actuel débat sur le rapprochement de ces détenus, réclamé par les nationalistes.
Actuellement, 43 militants corses sont incarcérés dans le cadre de procédures terroristes.
Aucun ne peut purger sa peine sur l'île pour des raisons de sécurité. C'est la règle édictée par la chancellerie.
Comme toute règle, elle souffre quelques exceptions. Ainsi, au moins quatre nationalistes,
ou proches de la mouvance, sont bel et bien incarcérés près de chez eux. L'explication?
Ils ont aussi été mis en cause dans des affaires très éloignées de la politique.
Jean-Baptiste Istria a été condamné à quatre ans d'emprisonnement pour sa participation
à une tentative d'attentat contre le golf de Sperone, en 1994. Un «patriote» du FLNC? Pas seulement.
L'homme avait également été condamné à cinq ans de prison pour homicide volontaire avec circonstances atténuantes.
Il est aujourd'hui incarcéré près de Bastia. Idem pour Jean-Sylvain Cadillac, qui purge une peine de quinze
ans pour un meurtre sur fond de vendetta. Les policiers n'ont jamais pu démontrer qu'il servait d'artificier au FLNC.
Nicolas Salvini est, lui, clairement mis en cause dans les attentats nationalistes d'Ajaccio contre la DDE
et l'Urssaf, en 1999. Il était écroué à la Santé jusqu'à une récente mise en liberté. Il vient d'être réincarcéré
à Ajaccio après un appel du parquet. Solution transitoire avant un probable retour à Paris.
Quant à Philippe de La Foata, il se revendique du Front armé révolutionnaire corse.
L'homme aurait, en réalité, utilisé le sigle Farc afin de donner une dimension politique à plusieurs braquages,
dictant ensuite ses communiqués de la prison de Borgo.
Le camp nationaliste ne porte pas les «imposteurs» dans son cœur. D'ailleurs, sur les 43 détenus
nationalistes recensés, seule une trentaine a reçu l'habilitation patriotti incarcerati.
Double attentat d'Ajaccio en 1999: renvoi confirmé devant la cour d'assises pour les auteurs et complices Dec 22, 2003
La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé vendredi le renvoi devant la cour d'assises de Paris des auteurs et complices présumés du double attentat perpétré en plein jour à Ajaccio en novembre 1999 contre les locaux de la Direction départementale de l'équipement et de l'Urssaf,.
Elle a en revanche accordé un non-lieu à quatre personnes renvoyées pour le délit connexe d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, à savoir leur participation présumée à une conférence de presse clandestine en décembre 1999.
Il s'agit de Baptiste Canonici, ancien responsable du FLNC, Patrice Murati, Jean-Pierre Giacometti et Olivier Sauli. Ils étaient accusés d’avoir été présents lors de cette conférence qui donnait naissance au FLNC Union des Combattants.
La cour a renvoyé Jean-Claude Ampart, Nicolas et Simon Salvini comme auteurs de l'attentat contre la direction départementale de l'équipement et considéré Jo Peraldi, Jean-Antoine Fieschi, Jean-François Ramoin-Luciani, Jean-Louis Orlandetti et Jean-Pierre Pierandrei comme complices. Ces hommes formaient la direction de Corsica Viva et plusieurs de leurs amis ont formé le FLNC 3 dit du 22 octobre.
Ces cinq derniers sont également renvoyés comme complices de l'attentat contre l'Urssaf. Ils encourent jusqu'à trente ans de réclusion criminelle.
Trois autres personnes sont renvoyées pour le délit connexe d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il s'agit de Fraçois-Ange Chabot, Laurent Peraldi et Christophe Pirredu. Ils encourent 10 ans d'emprisonnement.
À la suite de ces attentats - une dizaine de blessés - revendiqués par Clandestinu, un groupe inconnu jusqu'alors, le gouvernement de Lionel Jospin avait entamé des négociations avec les mouvements nationalistes. Négociations qui ont conduit à la signature des accords de Matignon. Clandestinu était en fait un faux nez du FLNC du 5 mai qui a joué un rôle actif dans la cavale d’Yvan Colonna. Il avait été formé par d’anciens militants de Resistanza et du FLNC Canl habituel dont Joseph Caviglioli le beau-frère d’Yvan Colonna.
Les premières interpellations dans ce dossier interviendront en février 2000. Des membres de "Corsica Viva", arrêtés dans le cadre d'un attentat raciste, vont avouer leur participation au double attentat d'Ajaccio. Plusieurs d’entre eux avaient participé à une réunion dans les locaux du Grand Orient afin d’apporter au gouvernement Jospin l’assurance que la clandestinité était favorable au processus dit de Matignon.
Nous écrivions le 5 septembre 2003, Quinze nationalistes corses militants ou proches de Corsica Viva,
du FLNC du 5 mai puis de l’Union des Combattants de ‘ont été renvoyés devant la cour d'assises de Paris pour leur
implication dans le double attentat de novembre 1999 à Ajaccio contre la DDE et l'Ursaff.
Le juge d'instruction antiterroriste Gilbert Thiel a ordonné mardi le renvoi de huit de ces militants considérés
comme les auteurs ou les complices des deux attentats tandis que les sept autres comparaîtront pour le délit
d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.
Le 25 novembre 1999, peu après 11H00, deux explosions de forte puissance avaient endommagé les locaux de la
DDE et de l'Ursaff à Ajaccio et blessé sept personnes. Sans l’esprit d’initiative d’un journaliste de FR3,
le double attentat aurait tué des personnes. Le bâtiment de l'Ursaff avait été partiellement détruit et rendu
inutilisable par une charge de 80 kilos d'explosifs dissimulée dans une voiture volée. Le double attentat avait
été revendiqué le 30 novembre suivant par le groupe Clandestinu, jusqu'alors inconnu, dont les enquêteurs
allaient déterminer qu'il n'était qu'une appellation de circonstance du FLNC du 5 mai 1996, bras armé de Corsica viva.
Le sigle inconnu avait en fait été choisi après la tempête de protestation qui avait déferlé sur la Corse.
Outre une manifestation de 5000 personnes à Ajaccio, le leader nationaliste Jean-Guy Talamoni avait même dû
condamner l’acte, après toutefois, s’être avisé qu’il n’avait pas été commis par ses amis du FLNC Canal historique.
Dans le texte de revendication parvenu au rédacteur en chef de France 3 Corse, Clandestinu affirmait avoir voulu
toucher "les symboles de l'oppression fiscale et de la politique de décorsisation menée par l'État français".
"Nous assumons pleinement ces opérations, mais contrairement au discours des représentants de l'État, nous
affirmons que nous avons pris toutes les précautions pour protéger les vies humaines. (...) Malgré cela, il a
failli y avoir des victimes en raison de l'incurie des services de police", poursuivait le communiqué.
Il s’avérera que si la DDE avait été choisie presque par habitude,l’URSAFF l’avait été après le contentieux de
l’un des chefs clandestins avec cette administration.
Quelques heures avant la revendication par Clandestinu, le Premier ministre Lionel Jospin, sans renouveler
son préalable de septembre 1999 du renoncement à la violence clandestine, avait proposé de recevoir
"rapidement" à Matignon l'ensemble des élus de l'île, y compris les nationalistes. Le geste avait été
compris par la clandestinité comme directement lié aux effets de l’attentat. Ce sera d’ailleurs l’une
des principales lignes de défense des accusés qui ont reconnu leur participation à ce geste criminel.
L'enquête sur ce double attentat avait prospéré à la faveur d'un dossier de droit commun : interrogé par les
policiers sur le plasticage de l'appartement de son ex-beau frère pour une histoire de garde d’enfant,
Jean-Claude Ampart avait, à la grande surprise des policiers , tenter de monnayer des renseignements sur le
double attentat contre une forme d’impunité. Les policiers l’avaient enjoint à parler et, stupéfaits,
s’étaient retrouvés avec la résolution de l’énigme Clandestinu.
Jean-Claude Ampart avait également mis en cause également les frères Nicolas et Simon Salvini comme
parties prenantes aux attentats et Joseph Peraldi comme l'un des commanditaires. Joseph Peraldi, ancien
photographe du journal « Le Provençal Corse » était un militant du FLNC Canal habituel.
À la dissolution de cette organisation clandestine, il avait refusé l’abandon des armes et avait fondé avec
quelques-uns de ses compagnons et une partie du groupe Resistanza, le FLNC du 5 mai qui était le premier à
avoir usé sans compter du nitrate-fuel comme explosif.
Les arrestations devaient ensuite se succéder et conduire à la mise en examen de seize personnes, l'une
d'entre elles bénéficiant d'un non-lieu ordonné par le juge Thiel.
L'enquête a déterminé que ces quinze personnes étaient des responsables, militants ou proches de
Corsica Viva et de son bras armé le FLNC du 5 mai 1996, Corsica Viva étant composé d'anciens membres du
mouvement pour l'autonomie (MPA). Le groupe Clandestinu avait été formé après que le FLNC Canal historique
eut accepté que le FLNC du 5 mai le rejoigne pour former un mois plus tard le FLNC Union des Combattants à la
condition de faire ses preuves. Le FLNC du 5 mai avait en effet la réputation dans le monde de la clandestinité
d’être un peu faible depuis la mort de l’un de ses fondateurs, Joseph Caviglioli, le beau-frère d’Yvan Colonna.
Or l’heure était à l’union après les assemblées du Fium’Orbo destinée à éviter dans le futur de nouvelles
guerres entre factions rivales. Corsica viva » faisait partie des treize organisations nationalistes regroupées
au sein du comité du Fiumorbu depuis juillet 1999. En novembre de la même année, « Corsica viva » avait demandé
la mise en place d’un processus de négociations et de règlements politiques du problème Corse.
Joseph Peraldi et les dirigeants de Corsica Viva avaient alors lancé des appels d’offre peu discrets puis
s’étaient rabattus sur des sympathisants. C’est ce qui allait causer leur perte. Le FLNC du 5 mai avait donc
rejoint l’Union des combattants. Jean-François Ramoin-Luciani avait même donné une interview au journal Le Monde
daté du 8 février 2001 au nom de l’union des Combattants. On pouvait y lire : " Ces deux attentats sont intervenus
après la période Bonnet [...] il incombait aux clandestins d’agir pour signifier à l’État qu’il était urgent de
changer de politique " et quelques lignes plus loin " Yvan Colonna est un militant nationaliste de la première heure.
La pureté de son engagement, comme celui de ses compagnons, quelle que soit la réalité des fait qui leur sont reprochés
est incontestable. En ce sens ils méritent notre soutien ".
« Afin de justifier sa ligne éditoriale, la direction du journal précisait le même jour : "
l’ensemble du mouvement nationaliste se veut partie prenante du processus de paix. C’est ce qui explique que Le
Monde ait décidé, dans une démarche inhabituelle, de donner la parole aux représentants de mouvements clandestins ".
écrivait alors Bernabeu Casanova dans un texte mis en ligne sur ce site en janvier 2003. Joseph Peraldi et
Jean-François Ramoin-Luciani avaient également participé à la réunion secrète du Grand Orient de France le 22
janvier 2000. Il s’agissait pour les responsables de la clandestinité de rassurer le gouvernement sur l’attitude
du FLNC. Un mois plus tard, Joseph Peraldi était arrêté pour le double attentat d’Ajaccio. Il y avait également
là Baptiste Canonici, qui va bientôt passer aux Assises pour l’assassinat d’un autre militant nationaliste,
Defenzo, accusé d’avoir été un espion de François Santoni et d’avoir voulu saboter le processus de Matignon
en plastiquant des objectifs à Porto Vecchio.
Beaucoup de ces militants ont tout avoué au point d’étonner le magistrat instructeur.
Le procès risque de mettre en évidence cette propension à beaucoup parler. Il sera pourtant à
risques car beaucoup d’amis de Peraldi se retrouvent aujourd’hui dans le FLNC 3 et comptent sur la
violence pour obtenir un verdict clément.
Il se dit en effet que Joseph Peraldi ne supporte plus du tout sa détention.
Il risque quinze ans de prison. De fortes peines entraîneront sans l’ombre d’un doute de
fortes réactions explosives.
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